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Caritas Rwanda: résultats très satisfaisants de l'engagement des diocèses au développement rural
22-09-2009

Abbé Oreste Incimatata - Secrétaire Général de Caritas Rwanda (Ph. Guy-Marin Kamandji)Kigali, le 22 septembre 2009 (caritasaceac.org) : Le Secrétaire Général de la Caritas Rwanda s’est prêté récemment aux questions de caritasaceac.org pour dresser le bilan du travail qu’abat cet organe technique chargé du social de l’Eglise catholique dans la promotion intégrale l’homme au Rwanda. Malgré la modestie dont s’est entouré l’Abbé Oreste Incimatata, il est indéniable que les réalisations de la Caritas Rwanda ont un impact très positif auprès de la population rwandaise. Des résultats très satisfaisants sont d’ailleurs visibles grâce au travail réalisé dans tous les 9 diocèses du pays par ses trois départements : Développement, Oeuvres Sociales et Caritatives ainsi que Santé. Caritas Rwanda compte ainsi parmi les partenaires du Gouvernement, occupant même des fonctions au sein des Joint Actions Forum (forums pour éviter la dispersion d’efforts de différents partenaires, coordonnés par les Districts). L’Abbé Oreste Incimatata apprécie par ailleurs à sa juste valeur la contribution de la communauté locale, qui apprend à participer régulièrement à la collecte des fonds au profit des plus démunis. L’interview suivante en dit plus.

Guy-Marin KAMANDJI : Nos pays africains souffrent généralement de l’insécurité alimentaire. L’agriculture devrait alors permettre d’y faire face. Caritas Rwanda s’y intéresse-t-elle ?
Abbé Oreste Incimatata : Nous sommes bien engagés dans l’augmentation de la production des produits vivriers ; et sommes très contents des résultats obtenus, particulièrement au niveau du Nord du pays dans le blé et la pomme de terre. Et là nous avons un bon partenaire, qui est très important pour nous, IFDC par son projet CATALIST. Il prône l’augmentation de la production agricole par utilisation des intrants externes et une agriculture plus compétitive par le Développement des Chaînes des valeurs autour des filières porteuses appropriées à chaque zone.
Il y a aussi à relever la collaboration avec le Ministère de l’Agriculture. Là, c’est au nord, dans les districts de GICUMBI et RULINDO où nous sommes entrés dans l’augmentation de la production avec du maïs aussi et le terrassement radical dans le cadre de la lutte contre les érosions où l’action de la Caritas est très visible. Beaucoup de gens vont visiter le travail de terrassement radial de la Caritas dans le diocèse de Byumba, une technique très appréciée au Rwanda, étant donné notre relief.

GMK : Peut-on espérer un impact positif pour la population avec ce travail que vous décrivez ici?
A.O.I. :
A titre illustratif, nous sommes contents d’avoir stabilisé la sécurité alimentaire dans la région de Bugesera, grâce à notre Projet PASAB (Projet d’Appui à la Sécurité Alimentaire au Bugesera), financé par le Fonds Belge de Survie avec la Caritas International Belgique. Nous sommes très contents que la population ait eu une production assez améliorée et que  maintenant, avec les coopératives qu’on a créées, soutenues et développées, les gens commencent à se prendre complètement en charge. Nous avons aussi introduit le système de warrantage ; et c’est très bien.
Par ailleurs, pratiquement, tous les diocèses sont engagés dans le développement rural. Et les résultats sont très satisfaisants. Il suffit de feuilleter notre rapport annuel 2008.

GMK : Mr l’Abbé Secrétaire Général, le développement rural est difficile à atteindre avec une bonne portion de la population qui manque un minimum de fonds pour démarrer une activité lucrative. Que fait la Caritas Rwanda face à cet autre problème ?
A.O.I. : Nous nous occupons aussi de cet aspect dans notre Département de développement. Et là, il sied de parler de notre collaboration avec le RIM (Réseau Interdiocésain de Micro-finances), qui a donné des crédits pour que les gens se prennent en charge financièrement. Ca rentre dans notre programme de réduction de la pauvreté, avec deux volets : augmentation de la production agricole et introduction de petits projets générateurs de revenus, financés par le RIM.

Santé : lutter contre le VIH/Sida chez les personnes avec handicap


GMK : Il faudra que l’homme soit en bonne santé pour pouvoir se prendre en charge à travers toutes ces activités productrices. Mais, de quoi s’occupe généralement le Département de la Santé de Caritas Rwanda?
Abbé O.I. :
En fait, nous sommes très bien engagés dans le domaine de la santé, particulièrement dans le domaine de lutte contre le VIH/Sida. C’est notre Département Santé qui a ces activités dans ses attributions. Nous travaillons pour l’instant avec l’Organisme Handicap International avec qui nous sommes déjà entrés dans le domaine de lutte contre le Sida chez les personnes avec handicap. C’est une catégorie particulière de personnes sur qui nous portons notre attention. Elles souffrent déjà d’un handicap physique. Il ne faut pas en rajouter. Nous allons les accompagner, les appuyer, avec un paquet minimum. Il ne s’agira pas seulement de leur enseigner comment éviter ce fléau, mais aussi les aider à se prendre en charge, les accompagner, savoir qu’elles sont des personnes d’une dignité à ne pas nier. Ca rejoint la Doctrine Sociale de l’Eglise Catholique.

GMK : Il n’y pas que le VIH/Sida comme maladie ?
Abbé O.I.
: Certainement. Nous avons plusieurs autres activités dans ce domaine, dont la lutte contre le paludisme. Et là, nous avons un bon partenariat ave Global Fund. Nous avons soumissionné au Round 8. Ca nous permettra une intensification de la campagne de lutte contre le paludisme surtout au niveau de nos centres de santé et nos formations sanitaires (FOSA) que nous avons.
Une autre activité dont on ne parle pas souvent, c’est notre engagement pour la planification familiale. Notre partenaire Georgetown University nous y aide beaucoup. Et là nous prônons pratiquement le côté éducatif beaucoup plus qu’ailleurs en collaboration avec les paroisses, dans la synergie avec la Commission Episcopale de la Famille.
Nous avons aussi d’importantes activités de coordination avec les formations sanitaires (FOSA) de l’Eglise Catholique. En fait, nous avons un réseau assez étendu de ces FOSA. Et là, nous avons le travail habituel de coordination et de supervision, avec un personnel très réduit au niveau du siège.

Solidarité envers les orphelins et autres enfants vulnérables

GMK : De quoi s’occupe alors votre Département des Actions Sociales ?
Abbé O.I. :
Nous réalisons en fait d’autres activités à travers notre Département d’Actions Sociales, particulièrement en faveur des orphelins et autres enfants vulnérables. Il y a parmi eux des enfants affectés par le VIH. Et nous avons un projet CHAMP (Community HIV AIds Mobilisation Program), de l’USAID, que nous réalisons en collaboration avec CHF (Cooperative Housing Foundation). Caritas Rwanda est le partenaire le mieux outillé pour ce projet, car nous travaillons dans 20 Districts sur 30 que compte le pays, avec des communautés et les autorités civiles. Nous accompagnons ces enfants, essentiellement pour l’éducation. Nous leur donnons des frais scolaires, les uniformes, fournitures scolaires, etc.
Un autre programme s’exécute dans les diocèses non couverts par CHAMP, notamment Kibongo et Butare. Là, nous bénéficions de l’appui de CRS qui nous permet d’offrir le même paquet minimum aux orphelins et autres enfants vulnérables de ces diocèses via le projet OVC (Orphan Vulnerable Children). Nous avons ainsi des maisons familiales ; une création qui voudrait ressembler le plus possible aux familles naturelles : cinq ou six enfants de différents âges sont confiés à une maman. Mais, nos avons fermé petit à petit ces maisons parce que nous voulons que ces enfants aillent surtout dans des familles normales d’accueil. Ainsi, nous n’avons plus que 5 Maisons familiales ici à Kigali.
 Nous sommes très contents que ces enfants étudient et de ce que nous les préparons pour un avenir meilleur, sans qu’ils ne soient toujours à la charge de la communauté.

Depuis un certain temps, le fonctionnement de la Caritas Rwanda est pris en charge par Caritas Rwanda elle-même !

D’autres activités sont enfin tournées au niveau interne de Caritas Rwanda, parce que nous devons essayer de nous prendre en charge nous-mêmes, sans attendre toujours que des Caritas étrangères nous assistent. Nous avons certes besoin de leur assistance ; mais, nous constatons qu’elle se fait de plus en plus rare.
Donc, nous ne devons pas attendre qu’une Caritas Sœur du Nord finance nos frais de fonctionnement ! Je peux vous dire que maintenant, nous commençons à nous prendre en charge du point de vue institutionnel. Caritas Belgique nous a soutenu l’année passée avec un Agent du Département du Développement. Maintenant, c’est fini ! Ca va ! Nous parvenons à nous prendre en charge. Depuis un certain temps, le fonctionnement de la Caritas Rwanda est pris en charge par Caritas Rwanda elle-même ! C’est positif ! Nous y avons été obligés ; mais, on ne le regrette pas.

GMK : Quel est alors l’état de vos relations avec les Autres Caritas Sœurs du Nord?
Abbé O.I. :
L’auto-prise en charge dont je parle ne veut pas dire que nous devons nous couper des autres. Nous avons toujours besoin des autres. Et je remercie les Caritas qui sont intervenues lors, par exemple du séisme à Cyangungu (Ndlr : en février 2008). Nous avons lancé un appel et on nous a répondu très favorablement. Même si ça n’a pas couvert toutes nos demandes ; mais, un peu plus de 50% ont eu satisfaction! Et cela nous a aidés. Donc, nous sommes encore dans le balbutiement ! Mais, quand même ça va !

GMK : D’autres Caritas seraient-elles opérationnelles au Rwanda ?
Abbé O.I.
: Au niveau de Caritas Rwanda, nous n’avons pas beaucoup de partenaires qui sont opérationnels dans le pays. Là, c’est très importants. Nous avons demandé et souhaité que nos Partenaires viennent nous appuyer ; mais, qu’ils ne viennent pas (petite pose) entreprendre des activités parallèles. Et jusqu’à présent, ça va bien!
TROCAIRE appuie notre Réseau Interdiocésain de MicroFinances (RIM). Nous en profitons aussi, car nous avons de très bonnes relations avec le RIM. La Caritas elle-même étant l’actionnaire principal du RIM. Qui appuie le RIM, nous appuie aussi en quelque sorte. Nous ne sommes pas l’unique partenaire de TROCAIRE. Là, nous respectons les orientations aussi de nos Consoeurs, que ce soit TROCAIRE, CAFOD ou CRS. Ca ce sont les trois qui sont sur place.
 Mais, nous avons une très bonne collaboration. Nous sommes parmi les partenaires privilégiés, mais pas les seuls. Avec CAFOD toutefois, nous avons une proximité physique, parce que les Agents de CAFOD travaillent dans les bureaux de la Caritas et nous leur rendons certains services, et eux aussi nous rendent certains services. Caritas International Belgique (C.I.Be) est complètement intégrée aussi. On a un Agent de la C.I.Be qui nous appuie dans le Programme que nous menons ensemble. Ce n’est pas un programme Caritas Belgique ; mais, que Caritas Rwanda et Caritas Belgique mènent ensemble. C’est intégré vraiment. Nous n’avons pas voulu de faire une représentation ici.


« L’intervention de la communauté locale dépasse ce qui nous vient des projets »

GMK : Que dire alors de la Communauté rwandaise en général, et Catholique en particulier ?
Abbé O.I. :
Nous sommes très contents de notre communauté. Elle intervient beaucoup. Si on voit dans toutes ces activités, l’intervention de la communauté locale dépasse ce qui nous vient des projets.  Parce que la sensibilisation à la prise en charge des pauvres par la communauté a réellement porté.
Nous avons même fait un pas en demandant à la communauté d’aider aussi des plus démunis d’ailleurs ; car elle aussi a bénéficié des secours venus d’ailleurs. Maintenant, c’est notre tour de donner aux autres que ne nous ne connaissons pas, si ce n’est qu’ils souffrent des calamités naturelles, des guerres, etc. Cela a pris au Rwanda.

Les collectes pour les plus démunis sont régulières et augmentent d’année en année !

GMK : Pouvez-vous nous parler justement de votre journée Caritas ici ?
Abbé O.I. :
La Conférence Episcopale a voulu nous accorder le mois d’Août pour la Charité et la Miséricorde. Ca donne toujours de bons fruits. Les collectes que nous avons entamées, sont régulières et augmentent d’année en année. La communauté Catholique du Rwanda est vraiment à féliciter ! Et ces collectes se font dans toutes les Provinces du pays. Si nous organisons davantage la sensibilisation, nous pensons que la récolte sera plus importante. 

GMK : Quid alors de votre partenariat avec le Gouvernement Rwandais ?
Abbé O.I. :
Nous avons un très bon partenariat avec le Gouvernement rwandais. Parce que, et c’est à l’actif du Gouvernement, nous avons des Plans clairs. On sait où on va. On a une vision bien tracée par l’Autorité Politique! Et nous marchons tous dans cette direction ; particulièrement dans la Vision 2020. Je dois vous dire que le Gouvernement a besoin aussi des partenaires. Nous avons été très heureux d’être accepté parmi ses partenaires de développement et sociaux assez écoutés et assez respectés.
Le Gouvernement nous fait confiance quand nous soumissionnons… Bien sûr, je me suis rendu compte que pour le Gouvernement, il faut la compétence. Et pour le moment, le Gouvernement est très heureux là où nous intervenons, par exemple dans l’Agriculture. Nous avons montré que nous avons des personnes compétentes sur le terrain ; nous sommes bien organisés ; et nous arrivons aux coins les plus reculés du pays. 
Ce faisant, nous entrons aussi dans le programme de l’Etat. Parce que c’est un Programme qui a déjà une vision claire ! Il n’y a pas de contradiction entre ce que l’Etat nous propose pour le développement ; et nous ne pouvons pas aussi faire des choses parallèles ; parce que chaque District a un Plan de développement dans la ligne duquel tout intervenant doit entrer.  Je dois vous dire que je suis très heureux de nous voir confier même des fonctions dans ce que nous appelons des Joint Actions Forum.
Ce forum réunit tous les intervenants sous la coordination du District, pour d’une part éviter la concurrence et le dispersement des efforts, et d’autre part se compléter pour le bien d’une même population que l’on veut aider. Et la Caritas, en tant qu’agent de développement, entre dans le Plan d’actions des Districts. Nous donnons alors notre contribution dans ces Joint Actions Forum.   
Evidemment, ce n’est pas toujours facile au début, parce que les gens sont habitués à travailler chacun de son côté. Parfois, ça fait des frictions ! Mais, ce n’est pas grave. Ce n’est que l’apprentissage de travailler ensemble.

Interview réalisée par Guy-Marin KAMANDJI,
Point Focal Communication de Caritas Zone ACEAC

 
Date : 07/09/2010 09:22:48   
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